L’orgue Stiehr-Mockers-Koenig de l’église Saint-Louis de la Robertsau
« Notre orgue, notre patrimoine, notre défi ! »
Un peu d’histoire
L’orgue Stiehr de l’église Saint-Louis de la Robertsau a été construit en 1866. C’était un orgue « modèle » de 29 jeux sur deux claviers manuels et pédalier. Ses caractéristiques et le choix des registres (des différentes sonorités) correspondaient scrupuleusement aux modèles et aux spécifications demandées et… attendues par les musiciens, les auditeurs et les propriétaires de l’instrument.
Cet orgue a subi des transformations au XXe siècle. Il a même passé une période où il était muet, de 1974 à 1990. Des paroissiens motivés et quelques passionnés, entre autres le compositeur-organiste Ernest Bohn secondé par Claude Wecker, ont alors suscité les énergies pour faire renaître cet instrument.
Totalement reconstruit en 1990 avec le matériel d’origine qui subsistait, l’orgue de a été « relevé » en 2021. C’est grâce à la générosité de la paroisse que cette opération importante a pu avoir lieu. Un relevage consiste en l’entretien normal d’un instrument qui demande une réparation plus poussée tous les 20 à 30 ans.
Mais depuis…
Depuis 2022, les températures estivales ont augmenté, l’humidité et la fraicheur ont diminué dans l’église. Des relevés précis, dans l’orgue et à la tribune, se chargent de le prouver : la canicule et la sécheresse, le manque d’humidité s’aggravent et mettent notre orgue en danger. D’ailleurs, tous les orgues d’église souffrent de cette situation.
Instrument fragile et vivant, fait de bois, de métal, de cuir et… de colle, l’orgue de Saint-Louis de la Robertsau est sous surveillance constante. Il a failli mourir en 2022, année spécialement chaude. Depuis 2023, des bénévoles veillent au chevet de l’orgue, particulièrement depuis le mois de mai jusqu’en octobre, chaque année.
Surveiller, fermer portes et fenêtres
En cette année 2026, des affiches ont été apposées sur les portes vitrées de l’église, pour rappeler qu’elles doivent rester fermées et protéger l’orgue. Une porte d’entrée ouverte ou un courant d’air chaud (plus de 25° C) pourraient irrémédiablement « tuer » l’instrument. Il en est de même pour les portes de la chapelle située à l’avant de l’église. Vigilance et protection, donc !
La reconstruction de 1990 et le relevage de 2021 ont été réalisés par les facteurs d’orgues de l’entreprise Koenig, dirigée actuellement par M. Julien Marchal. En lien avec ces spécialistes, il s’agit de limiter les effets dévastateurs du réchauffement constaté dans l’église et « dans » l’instrument lui-même. Ainsi, des installations naturelles de type « saturateur d’humidité » ont été installées dans l’orgue et sur la tribune :
- deux récipients à proximité immédiate de la soufflerie
- trois récipients au « 1er étage », dans le « grand orgue »
- un récipient dans le « positif de dos » (petit buffet d’orgue en bordure de tribune)
- deux récipients à l’extérieur de l’instrument
- deux récipients juste derrière les claviers
- deux autres récipients sous les tuyaux de pédale
- et quatre autres récipients dans le soubassement de l’orgue.
En 2026, une vigilance constante a été menée dès le milieu du mois de mai pour remplir ces récipients humidificateurs qui se vident en période de chaleur. Une « tournée » de remplissage prend entre 20 et 30 minutes, en moyenne. Mais c’est pour le bien de notre instrument, de notre patrimoine musical et liturgique ! Nous pouvons compter sur les sacristains, sur le conseil de fabrique et sur deux ou trois personnes très impliquées dans le soin et le souci à porter à notre orgue. Grand merci à chacune et chacun !
Pour mémoire, le 1er juillet 2026, il faisait 32 ° C à la tribune et les hygromètres indiquaient 35 % d’humidité, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’orgue !!! C’est un taux catastrophique, sachant que la « norme » supportable pour un orgue se situe entre 55 et 65 % d’humidité… Ne pensons pas que les tuyaux de l’orgue, les claviers, les transmissions et autres parties mécaniques puissent revenir « à la normale » en hiver. Il faut éviter que tous ces éléments de l’instrument se fendent irrémédiablement avec les chaleurs estivales que nous connaissons. Naturellement, cette situation climatique s’est mise en place, fin mai 2026, et a duré jusqu’en mi-septembre…

Pour mémoire, le 1er juillet 2026, il faisait 32 ° C à la tribune et les hygromètres indiquaient 35 % d’humidité, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’orgue !!! C’est un taux catastrophique, sachant que la « norme » supportable pour un orgue se situe entre 55 et 65 % d’humidité… Ne pensons pas que les tuyaux de l’orgue, les claviers, les transmissions et autres parties mécaniques puissent revenir « à la normale » en hiver. Il faut éviter que tous ces éléments de l’instrument se fendent irrémédiablement avec les chaleurs estivales que nous connaissons. Naturellement, cette situation climatique s’est mise en place, fin mai 2026, et a duré jusqu’en mi-septembre…
Vitraux et effet de serre
Le soleil qui brille sur les vitraux accroît également la température élevée. En respectant l’édifice, des solutions, qui restent à trouver, devraient limiter les conséquences de cet ensoleillement.
Un défi, un combat à mener pour une juste cause
Les consciences commencent à s’éveiller. Dans toute l’Alsace, dans toute la France, les paroisses, les curés, les organistes, les paroissiens et les amis du patrimoine prennent conscience de la situation et des conséquences qui ne sauraient être réglées une fois pour toutes… (Dommage, ce serait si pratique !)
Mais en attendant, dans notre église, il a été nécessaire de remplir régulièrement les récipients avec de l’eau.
160 litres dans la période chaude de 2025.
Et 280 litres en 2026, entre mai et octobre.
Pendant les mois d’hiver, la surveillance restera de mise : les effets inverses devront être évités : une trop forte humidité ferait revenir les moisissures et champignons. Vigilance constante !
Nous comptons sur la compréhension de chaque ami(e) de l’église Saint-Louis et de son orgue pour préserver cet instrument précieux. Les climatologues nous ont avertis… On ne peut pas arroser un orgue, mais sa protection demande un engagement de nombreux paroissiens. Curieuse époque où la nature et le patrimoine vivant se rappellent à nous. Faudra-t-il bientôt… arroser nos arbres aussi ?
Faire vivre le patrimoine dans une église
A notre époque, les gens aiment entrer dans une église accueillante. Pour se reposer, se ressourcer, se retrouver dans un lieu de calme et de spiritualité. Autour de l’orgue, notre église pourra « vivre » et faire entendre de la musique. Dans le cadre de concerts, d’auditions, de moments musicaux où l’orgue ne sera pas seul, mais associé à d’autres instruments ou au(x) chant(s).
C’est aussi un lieu de formation puisque des cours d’orgue sont donnés sur ce bel instrument.
En conclusion
Puisse cet appel être utile aux édifices, aux instruments et aux consciences ! A l’image de notre orgue, notre monde actuel et notre humanité sont fragiles. Il et elle méritent notre engagement actif. La musique, le patrimoine, nos églises, ces « lieux de calme » que sont nos églises vous en remercient.
Michel Hild, auteur de ces lignes, est docteur en musique et professeur agrégé. Il fait partie de l’équipe des organistes de l’église Saint-Louis de la Robertsau, à Strasbourg. Intéressé par la musique liturgique et par l’histoire des arts depuis des lustres, il s’engage maintenant dans un combat pour le patrimoine. En cette période de changement climatique, les défis ne manquent pas !

